Le Crowdfunding pour les startups selon Pierre Poizat – Responsable de l’incubateur Jean Moulin Lyon III

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Le 29 avril dernier, nous avons interrogé Pierre Poizat, responsable de l’incubateur de l’université Jean Moulin Lyon III. L’objectif de l’incubateur est d’accompagner de jeunes entrepreneurs dans les phases de création et de développement de leurs entreprises. De nombreuses startups incubées passent par le crowdfunding en France pour trouver des fonds et booster leur visibilité. Voici ce que nous dit leur mentor sur l’intérêt et les enjeux d’une telle démarche.

 

Pierre Poizat

Que signifie le crowdfunding pour vous?

Le crowdfunding est une tendance forte qui émerge ses dernières années en France bien que cela soit encore moins populaire qu’aux États-Unis. Le financement participatif est très intéressant pour les startups que nous accompagnons au sein de l’incubateur car il leur permet dans un premier temps d’aller chercher du financement mais surtout de communiquer sur leurs travaux et faire preuve de concept. A mon avis, en France cela reste un outil servant à centraliser de la love money * et un outil de communication, ce qui n’est pas forcément le cas des plateformes américaines comme Kickstarter et Indiegogo. Cela ne veut pas dire que ça va durer car il n’y a pas de raison que les plateformes françaises ne prennent pas le chemin de leurs grandes soeurs américaines. Et là nous ne parlons que des plateformes fonctionnant sur le don, il est évident que les plateformes equity et crowdlending se développent aussi très bien en France aujourd’hui.

 

Quels sont, selon vous, les éléments bénéfiques que le crowdfunding apporte spécifiquement aux startups?

Ce que je trouve intéressant par l’usage du crowdfunding c’est qu’il oblige les entrepreneurs et les startups à se mettre en action et à aller plus ou moins directement sur le marché. Et même indirectement, elles peuvent voir et mesurer si leur activité intéresse du public et quelle partie de ce public va passer à l’acte d’achat. Cela permet de mobiliser une communauté autour de son projet.

Et cela donne des indications fortes et justes sur les attentes que va avoir un public, une communauté ou des clients autour d’un projet. Ce sont les éléments que je vois principalement dans le crowdfunding mais parce que l’on reste sur du crowdfunding plutôt centré sur de la love money alors qu’aux Etats-Unis, sur des forts degrés d’innovation, il va être possible de lever des centaines de milliers de dollars voire des millions et là c’est un système un peu différent qui apporte autre chose qu’une preuve de concept.

 

Est-ce-que le financement participatif facilite réellement l’accès au Marché selon vous?

Comme je le disais, effectivement, non seulement cela facilité l’accès au marché pour les startups car cela leur permet de comprendre le Marché, mais aussi et surtout de mieux le connaître. Le crowdfunding permet d’avoir tout un tas d’indication sur le profil des personnes intéressées par le projet. Du coup cella permet d’avoir un accès au marché en commençant par segmenter sa clientèle pour savoir qui elle est et comment s’adresser à elle.

 

A qui recommanderiez-vous le crowdfunding?

Je dirais que  dans 99% des cas, ou pour quasiment l’intégralité des projets et des startups que nous accompagnons cela peut avoir un sens de faire une campagne de crowdfunding. Parce qu’au minimum cela peut avoir cette utilité de communication. Évidemment c’est plus facile lorsque l’on vend un produit et que l’on fonctionne sur un système de pré-ventes. Mais pour moi cela peut fonctionner pour tout un tas de projets quels qu’ils soient. C’est un vecteur de communication qui reste gratuit et nous le recommandons pour presque toutes les entreprises que nous accompagnons dans l’incubateur.

 

Que pensez-vous du crowdfunding equity?

La difficulté dans le crowdfunding equity c’est qu’il ne s’agit pas de plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank, il y a souvent une phase de présélection. Et finalement les projets de startups présélectionnés par Anaxago, Wiseed ou par d’autres sont déjà validés comme étant à fort potentiel et comme étant rentables à terme. Par contre cette forme de crowdfunding est très pratique et prisée car elle permet de toucher plus de monde qualifié. Beaucoup d’investisseurs font confiance à ces plateformes qui analysent très sérieusement les projets. Cela leur permet d’investir des sommes un peu plus modeste qu’à l’accoutumée. Le crowdfunding equity est un phénomène en plein essor et je pense que c’est une voie intéressante pour arriver à avoir des financements parfois plus importants et plus rapides que les circuits classiques Business angel ** voire Capital risqueur ***. L’idée ici pour les starups n’est plus du tout de communiquer sur leurs projets mais d’avoir des fonds. On est dans un fonctionnement classique d’ouverture de son capital et de levée de fonds

 

Est-ce-que pour vous ces deux formes de crowdfunding sont complémentaires?

Ils sont complémentaires dans la mesure où ils n’arrivent pas du tout au même moment dans la croissance d’une entreprise. C’est-à-dire qu’il y a un crowdfunding qui permet d’avoir plutôt des fonds d’amorçage, une preuve de concept et de valider un marché et l’autre qui permet de lever des fonds et qui peut être en complément de business angel classique. Donc oui on peut considérer qu’ils sont complémentaires car pas du tout à la même période de développement des startups. Une entreprise qui arriverait à lever des fonds très facilement auprès de capitaux risqueurs n’a pas besoin non plus de crowdfunding equity.

 

Pour terminer, quelle est la campagne de crowdfunding qui vous a le plus marqué?

Il y a 4 ans et demi, 5 ans lorsque je commençais à travailler à l’université, j’ai rencontré Joëlle Deschamps qui était écrivain et qui faisait une thèse sur l’époque médiévale. Elle écrivait un jeu de rôles qui s’appelait Les Ombres d’Esteren. A cette époque le crowdfunding était bien moins répandu qu’aujourd’hui et lorsque je l’ai rencontré elle m’a expliqué qu’elle finançait tous ses ouvrages de jeu de rôles via des campagnes de crowdfunding qui récoltaient plusieurs dizaines voire des centaines de milliers d’euros. Ce qui m’a le plus marqué c’est que ce groupe d’écrivains, d’éditeurs de jeu de rôles, dont elle faisait partie, a levé plus d’un million d’euros au total sur toutes les plateformes que ce soit Kickstarter, Ulule ou autre avec certaines fois des levées de fond de 70 / 80 000 euros. Souvent il s’agissait d’un système de préventes des nouveaux numéros du jeu de rôles mais ils finançaient aussi des activités annexes qui avaient attrait à l’environnement de ce jeu de rôle : musique, graphisme, etc. Et tout cet éco-système était financé exclusivement avec du crowdfunding. Ce qui m’a certainement le plus marqué c’était le volume d’argent récolté sur leurs campagnes. Il y a 5 ans j’étais loin de me dire qu’un projet autour de l’écriture de jeu de rôle pouvait lever, sur 5 ou 6 ans, plusieurs millions d’euros sur les plateformes de crowdfunding.

 

 

* Love money : Capitaux propres apportés à la création d’une entreprise par les amis et la famille.

** Business angel : L’investisseur providentiel (traduction littérale) décide de soutenir financièrement une entreprise dont le projet lui paraît innovant et prometteur. Cette personne physique apporte un soutient financier et met à la disposition du chef d’entreprise son expérience et l’ensemble de ses compétences dans le domaine entrepreneurial.

*** Capital risqueur : Personne ou société finançant la création ou le développement d’entreprises à risques mais à fort potentiel de croissance, en escomptant une plus-value rapide de leur capital.

 

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